
| Internet et la presse scolaire en ligne Internet à l'école Le
projet Cyber Echos Liés Bilan de la première année
du Cyber Echos Liés |
Internet et la presse scolaire en ligne
Utiliser les nouvelles technologies à lécole, une nécessité ?
De lécriture au microprocesseur : "Limprimerie a généralisé la communication par signes et symboles et rendu accessible les connaissances accumulées par les hommes. Laccélération est prodigieuse, lécriture sumérienne a 5000 ans, lindustrialisation de lécriture par limprimerie et le livre ont 500 ans, le stockage puis les traitements électroniques (textes, images, sons) environ 50 ans, quant à la numérisation qui traite tous les types dinformation, elle a à peu près 5 ans. Avant la numérisation, les supports étaient incompatibles (papier, film, pellicule etc.). Aujourdhui, la transmission de linformation numérisée est indépendante du moyen de transport (fil du téléphone, satellite de télévision ou câble). Sa qualité reste parfaite et son stockage est moins onéreux. La numérisation et la circulation des bits dinformation dans les réseaux sont analogues à la révolution créée par linstauration de la monnaie dans les réseaux de léconomie. Le troc ralentissait et limitait le temps, la monnaie, en ajoutant un espace supplémentaire dexpansion et en contractant le temps et lespace, a fait exploser léconomie mondiale.
Le multimédia est un nouveau langage de communication, fusion des quatre formes principales de communication : lécrit (presse, magazine, livre), laudiovisuel (télévision, vidéo, cinéma), les télécommunications (téléphone, satellites, câble) et linformatique (ordinateurs et logiciels)". Joel de Rosnay, L'homme symbiotique, Points, 1997
Des changements fondamentaux sont à prendre en compte :
linformation est de plus en plus diffusée sous forme numérique et les supports
changent ; le développement des de microprocesseurs a modifié notre vie quotidienne ;
les capacités de calcul et de communication ont été démultipliées ; la notion de
réseau devient primordiale ; les télécommunications connaissent un très grand
développement.
Préparer lentrée de la France dans la société de linformation :
" Première priorité : la bataille de lintelligence commence à lécole.
Le développement en milieu scolaire de lutilisation des technologies de linformation répond à un double objectif :
Extrait du discours du Premier Ministre à Hourtin (25 août 1997)
Les B.O.E.N n° 10 du 7 mars 1996 et n° 18 du 1er mai 1997 insistent sur la nécessité de généraliser lusage des technologies de communication. De nombreux rapports et déclarations ont également souligné cette importance (rapport sur les NTIC : de lélève au citoyen, Franck Séruclat 1997, Assemblée Nationale ; Multimédia et réseau dans léducation, Alain Gérard, sénateur, rapport présenté à M. le Premier Ministre, mai 1997 ; Conférence du Ministre de lEducation Nationale, 24 juin 1997, article de M. Allègre paru dans le Monde du 6 février 1998).
Les enjeux de société sont considérables puisquils concernent la formation du citoyen et légalité des chances. Lécole doit être le lieu où les enfants de milieux défavorisés ou ruraux devront avoir laccès à ces outils de communication sous peine dapprofondir les inégalités face au savoir.
Les enjeux pédagogiques sont également essentiels. La vitesse dapparition et le renouvellement des savoirs et des savoir-faire sont tels quaujourdhui la plupart des compétences acquises par une personne au début de son parcours professionnel seront obsolètes à la fin de sa carrière. De plus, la part des connaissances nécessaires à toute activité ne cesse de croître. "Travailler revient de plus en plus à apprendre, à transmettre des savoirs et à produire des connaissances."¹ Les nouvelles technologies modifient les possibilités dapprentissage : "la mémoire (base de données, hyperdocuments) ; limagination (simulations) ; les perceptions (réalités virtuelles), le raisonnement (intelligence artificielle)".¹ Ce quil faut apprendre ne peut plus être planifié ni précisément défini à lavance.
Lenfant doit apprendre à analyser linformation et limage, à construire un regard critique et à prendre du recul. Lenseignant doit aider "Les élèves à transformer ces informations en savoirs, ces savoirs en connaissances et ces connaissances en culture. Il sagit dapprendre à organiser ces différents éléments afin de constituer un savoir et un savoir-faire".¹
¹ Joel de Rosnay, L'homme symbiotique, Points, 1997
Les applications pédagogiques
Le Web offre aux enseignants et aux élèves des ressources illimitées sur les sujets les plus variés. Lenseignant doit insister, auprès des élèves, sur la spécificité de la lecture hypertexte, sur la relativité de l'écrit, sur les stratégies de recherche (utilisation des outils de recherche) et sur la nécessité de rester concentré sur l'objet détude.
LInternet grâce à lE-mail permet une communication facile, rapide et économique. Cest un outil idéal pour la correspondance scolaire. Il permet à la fois un échange spontané, direct et un travail ambitieux sur un thème choisi, incluant texte, image, diaporamas ou vidéos. La messagerie électronique permet de participer à des projets interactifs.
Créer son site Web :
La création dun site est une étape essentielle dans la maîtrise de
loutil Internet. Cest au niveau pédagogique, la phase la plus
intéressante puisquelle nécessite créativité et compétences techniques. Un site
très esthétique mais sans contenu aura peu dintérêt, tandis que des contenus
riches mais mal présentés décourageront linternaute.
De plus en plus d'écoles primaires créent leurs sites Web et certaines d'entre elles diffusent des journaux scolaires. L'utilisation d'Internet est sans doute encore trop récente pour voir développer des projets de presse spécifiques ; ainsi les écoles ne diffusent souvent que la version papier numérisée de leurs productions.
Le Tumulus de l'école de Piquecos : cette école est devenue l'école française la plus célèbre sur le Web. En ligne depuis 1995, le site présentait d'abord l'école et la région puis avec l'aide du rectorat de Toulouse le site s'est étoffé. Des dossiers, des interviews, des jeux, le livre d'or puis le journal ont été mis en ligne. La "célébrité" de cette école lui a permis de multiplier les échanges avec d'autres écoles en France et à l'étranger mais aussi avec d'autres partenaires, scientifiques ou responsables venus "observer". La richesse de ces contacts se reflète dans les articles du journal. Celui-ci est composé en trois parties : les articles sur les activités de classe, des résumés ou critiques de livres et une rubrique consacrée aux nouvelles technologies et aux activités ou rencontres qui en découlent. Il n'y a pas de spécificité "Internet" de ce journal mais la popularité de ce site lui permet d'être régulièrement visité et le journal d'être consulté.
Le Cyberpresse : ce projet est un "vrai" projet presse en ligne. Fruit de la collaboration du CRDP de Poitiers, du CLEMI, des partenaires canadiens et des classes des deux pays. Les écoles envoient par la messagerie des articles à la Cyberagence. Les articles sont ensuite sélectionnés ou rejetés par les classes "comités éditoriaux". Ensuite, dans un premier temps, le comité de rédaction, composé d'élèves, de professeurs et des responsables du projet, est chargé d'organiser la une et de garder ou non certains articles ; dans un second temps, les parties françaises et canadiennes du comité se réunissent par visioconférence et décident de la une finale. Les rubriques et les thèmes des cinq numéros, décidés par le comité, sont présentés sur le site du CRDP ainsi que des fiches techniques d'aide à l'écriture journalistique, conçues par le CLEMI, la méthodologie et le calendrier d'envoi et de mise en ligne.
Ce projet est particulièrement intéressant pour les élèves participants aux comités de rédaction et aux comités éditoriaux. Les réalisations de une ou le choix des articles font l'objet d'échanges entre les partenaires, il faut ainsi justifier, argumenter, défendre ses choix. Cyberpresse reste motivant pour les élèves des classes qui envoient des articles et espèrent être sélectionnés.
Mais si le projet se présente comme un support pédagogique à la disposition de tous, il est peu probable que des classes extérieures à sa réalisation l'utilisent, sinon pour s'en inspirer et créer leur propre projet. L'avantage de ce projet est d'être ouvert à toutes les classes qui souhaitent y participer mais pour cela le plus petit dénominateur commun a été choisi. Le journal est constitué d'une suite de texte sans illustration et sans lien. La dimension Internet apparaît dans l'envoi et dans la publication du journal mais il n'est pas possible de contacter les auteurs des articles. La seule adresse électronique présente est celle du comité de rédaction.
C'est sur cette analyse que nous avons créé le Cyber Echos Liés.
Cette partie est similaire à la descrition du projet sur le site du Cyber Echos Liés http://www.creteil.iufm.fr/cyberechos/projet/index.htm
C'est un magazine publié sur Internet. Crée à linitiative de l'IUFM de Créteil, avec l'aide du CLEMI, les trois premiers numéros ont été publiés par onze classes primaires de Seine et Marne. Cette année 22 classes participeront à ce projet.
Objectifs principaux :
Ils sont au nombre de trois, axés autour de la production décrits, de la lecture et des nouvelles technologies.
En proposant de vraies situations décriture et dillustration des articles, dynamisées par un support évolutif et valorisant : le magazine en ligne.
A travers un travail autour des quotidiens, des magazines, de la presse pour enfants et de la presse en ligne.
En analysant l'information, l'image, en construisant un regard critique et en prenant du recul face à l'excès d'information.
Description du projet
Ecrire pour être lu - Etre lu pour mieux écrire
C'est un projet inspiré de Cyberpresse, mais nous avons choisi, dans un premier temps, de limiter le nombre de participants pour créer un véritable échange. Ainsi, chaque article est envoyé à une classe "relecture" qui adresse ses suggestions ou ses critiques éventuelles. Une discussion peut s'engager via la messagerie électronique. Cette phase a été de l'avis des participants la plus riche du projet car elle a permis aux enfants de s'interroger sur le sens de leurs écrits, de les modifier ou de les justifier (les échanges les plus représentatifs seront publiés sur le site).
Le comité de rédaction du magazine (l'école Chanteraine) choisit les articles qui constituent la Une et les têtes de rubrique. Il assure le cheminement des textes entre les auteurs et les relecteurs. Il vérifie le respect du calendrier des opérations. Les classes jouent le rôle de correspondants. Le titre et les rubriques du magazine ont été choisis collectivement, par vote électronique.
Il est composé d'un texte (brève, compte rendu, reportage, entretien, enquête), dune image, créée ou scannée par les enfants, et dun lien hypertexte sur un site Web, qui apporte des informations supplémentaires sur le sujet traité, invitation à la recherche d'information sur la toile. Chaque classe construit sa page HTML (j'ai conseillé le logiciel Claris Home Page pour travailler en classe). Le site a été crée avec Front Page.
Un plus pour les élèves
- Lire: analyser la presse, des sites existants pour construire un magazine de qualité, effectuer des recherches documentaires sur différents supports, caractériser les différents types décrits.
- Ecrire en réinvestissant le travail de découverte précédent.
- Connaître la presse écrite puis en ligne ; notion de public
visé, de périodicité, de rubrique... le rôle de limage.
en histoire, géographie, sciences... acquis au cours des recherches pour la rédaction dun article ou en lisant et exploitant les textes des autres classes.
Les enfants sont amenés à accepter que le choix définitif ne soit
pas forcément le leur (choix du titre, des rubriques par vote de toutes les classes),
accepter les remarques de leurs camarades (phase de relecture). Ce projet ouvre les
classes rurales sur lextérieur : autres écoles, lecteurs, informations obtenues
sur le réseau.
- maîtrise du traitement de texte
- communiquer par e-mail
- recherche documentaire sur CD-ROM et sur Internet ; spécificité des hypertextes, lire une page daccueil : source, adresse
- apprendre à les utiliser avec discernement : notion de source
- maîtrise du vocabulaire spécifique
Un plus pour les adultes
Ce projet est le fruit d'une collaboration exemplaire. J'ai imaginé et présenté ce projet au printemps 97 mais il a été développé en septembre en étroite collaboration avec Gilles Teyssèdre, instituteur à l'école Chanteraine, et Jean François Bourdon du CLEMI. Les enseignants ont été associés à toutes les phases du projet et se sont régulièrement entraidés dans la maîtrise des outils. Des professeurs-stagiaires, le CDI de l'IUFM (F. Lemaguet), des conseillers en informatique du département de Seine et Marne ont participé à ce projet soutenu par l'Inspection Académique.
Cette phase est essentielle. Les enseignants, très motivés, sont venus bénévolement au Centre Départemental de Seine et Marne, plusieurs mercredis matins pour préciser les objectifs du projet, son organisation pratique, déterminer le calendrier des opérations et se former aux outils. J'ai pu organiser quatre jours de formation à lIUFM mais ce temps fut très court car les participants étaient novices dans lutilisation de lInternet. Il fallait les former à lutilisation de la messagerie, à la navigation et à la recherche dinformation sur le Web ainsi quà la création de page HTML. Un atelier sur la lecture dimage a été animé par le CLEMI. Les enseignants ont échangé leurs expériences concernant les activités d'écriture et d'utilisation de la presse à l'école et se sont ensuite entraidés pour se perfectionner à lutilisation des outils.
Bilan de la première année
du Cyber Echos Liés
Ce bilan résulte de l'analyse des quatre entretiens réalisés avec les enseignants de l'école Chanteraine ainsi que des échanges qui ont eu lieu toute l'année avec ces enseignants que j'ai eus en formation et avec qui nous nous sommes réunis un mercredi par mois. Il s'appuie aussi sur deux mémoires de Professeurs-stagiaires, l'un dirigé par Eric Bruillard, l'autre par moi même.
Pour les entretiens, le choix des enseignants de l'école Chanteraine s'est imposé logiquement. Le projet a reposé en très grande partie sur eux puisque l'école est comité de rédaction. En outre, la diversité des situations de ces enseignants m'a semblé intéressante ; deux étaient familiers de l'informatique, deux étaient pratiquement novices et aucun des quatre ne savaient utiliser Internet avant ce projet.
L'analyse de ce projet s'intéresse d'abord aux élèves : les objectifs initiaux du projet ont-ils été atteints ?
La deuxième partie concerne les adultes. Comment ont-ils vécu ce projet ? Sont-ils aujourd'hui autonomes et que leur apporte un tel projet ?
Bilan au niveau des élèves
A ce stage du projet, c'est sans aucun doute, le point le plus positif. Tous les enseignants ont constaté une très grande motivation des élèves : "J'ai trouvé chez eux une très grande motivation parce qu'ils ont été emballés par le support dès le départ, je crois que je n'ai pas dû trop manquer la présentation dès le début, ça leur a plut ! Je crois qu'ils ont trouvé ce système magique ( ) Assez rapidement ils ont compris. J'en veux pour preuve les titres qu'ils ont proposés, la gazette des infos de l'Inter-Terre. Pour moi, ils avaient assez rapidement compris la large dimension du projet et donc je crois que pour beaucoup, ça a démultiplié leur motivation et je n'ai eu aucune peine à les faire produire, à trouver des sujets" (classe de Gilles) ; "Ils se sont complètement investis dans le travail. C'est à dire, à peine le projet présenté, ils ont déjà choisi leur thème. Ils se sont complètement investis dedans en ramenant des documents" (classe de Stéphane). Pour Nicole ou pour Dominique, il est difficile de percevoir si la dimension spécifique du projet a apporté un plus : "Oui, la motivation est différente, parce qu'il recherche d'avantage en documentation. Surtout au niveau de la recherche, je parle du début parce qu'il n'y avait pas cette dimension Internet qu'il y a maintenant. ( )Pendant le deuxième numéro, ils ont découvert une nouvelle dimension : on peut être lu partout. Ils savent bien que le Chanterainette n'est lu que par les parents. (classe de Dominique) ; "Ils ont eu une très grande motivation pour la classe culturelle. Je ne sais pas dissocier pour les textes c'était facile, ils avaient envie de les faire, ça ne leur a pas demandé beaucoup de temps, c'était quelque chose qui coulait de source, c'était quelque chose qu'ils vivaient. Dire si c'était plus Internet ou la classe culturelle, je ne saurais pas te dire. C'est peut être les deux ? Probablement" (Nicole).
La phase de relecture a été très importante de l'avis de tous. Cela a permis aux élèves de se décentrer par rapport à leurs écrits, d'imaginer les réactions du lecteur puisqu'ils sont à la fois auteur et censeur : "Très riche, j'ai trouvé ça très riche. Ca leur a permis de comprendre que les lecteurs n'étaient pas forcément de leur âge. Il fallait donc être très clairs pour que les textes soient lisibles par tout le monde. Il y a eu aussi l'inverse, des enfants de CM2 qui n'ont pas compris des textes de CE2, parce que c'était trop technique. Très riche par ce que ça a permis au relecteur de s'informer sur le sujet qu'on avait à relire et puis pour les autres, de clarifier leur sujet". (Stéphane)
Les productions d'images ont été également intéressantes. Les élèves ont été encouragés à réaliser leurs propres illustrations. La majorité de celles-ci sont des photos ou des dessins scannés, quelques photos par ailleurs ont été trouvées sur le Web et la classe de Stéphane a créé des images animées. A l'évidence peu d'enfants sont capables à ce jour, excepté dans la classe de Stéphane de travailler avec les images.
Il est difficile à ce jour de mesurer précisément les effets du travail réalisé avec et autour de la presse ; d'apprécier si les élèves ont progressé dans la lecture et l'analyse de l'information car aucune évaluation sérieuse, à ce stade du projet, n'a été effectuée : "Je ne peux pas dire, il faudra que je me penche dessus. Nous, nous faisons une lecture assez ouverte de la Presse. Le matin, les enfants sélectionnent deux ou trois infos ; ils les exposent et on en discute. Depuis le début d'année, les discussions ont toujours été âpres sur certains sujets. Les enfants ont toujours été intéressés mais je ne mesure pas de différence " (Gilles). Pratiquement toutes les classes ont fait un travail spécifique autour de la presse : " On avait fait un travail spécifique par rapport à la presse, pour être honnête, ce n'était pas pour Internet mais parce que quelqu'un passait le CAFIMF dans ma classe sur la presse. Donc, on a travaillé sur les titres, sur les rubriques sur la une, c'était vraiment en plein sur le sujet". (Dominique)
Le centre de documentation de l'IUFM a créé une valise d'exploitation pédagogique de la presse qui a été utilisée par les classes.
Avant d'utiliser les ressources, il faut pouvoir y accéder. Dans ce domaine, peu d'élèves sont aujourd'hui capables de se connecter ou de naviguer, d'utiliser la messagerie de manière autonome. Par contre, la grande majorité d'entre eux est capable d'utiliser le traitement de texte et quelques-uns uns sont capables de travailler une image : "Je t'avoue qu'à chaque fois, c'est moi qui aie cherché les documents. Le premier numéro, on a cherché un peu plus ensemble, on avait un plus le temps" (Nicole) ; "Ils se connectent très peu. On a un problème de matériel. Ca c'est un problème ; On a un ordinateur et on se l'arrache. Ca c'est un gros problème. Ceci dit, on aurait quatre ordinateurs, on aurait qu'une connexion Internet malgré tout, mais on pourrait être sur Internet pendant que les autres font autre chose sur un autre ordinateur. Quand on fait une mise en page, on n'est pas connecté mais ceux qui le veulent ne le peuvent pas". (Dominique) ; "Par rapport à l'outil informatique, j'essaye de faire en sorte que tous tapent leur texte, au moins sur traitement de texte, sur Write ou sur Word pad. ( ) Pour la navigation tous les enfants ont du naviguer avec Lorraine (professeur-stagiaire) et ils ont du tous naviguer au moins une fois sur un CD-rom" (Gilles) ; "J'ai des enfants qui sont venus au secours de Nicole. Ce n'est pas la majorité. Sur 19 élèves, j'en ai cinq qui sont complètement autonomes par rapport à l'ordinateur, qui sont capables de numériser une image, de la sauvegarder, de la mettre dans le bon répertoire et de la récupérer pour la mettre dans un texte. (Stéphane)
Quelle différence pour les enfants en difficulté ?
Il est également difficile à ce jour de mesurer les effets d'un tel projet sur les enfants en échec ou en difficulté scolaire puisque aucun outil d'évaluation n'a été construit à cet effet. Mais l'analyse de Stéphane devrait correspondre assez bien à la réalité. Il remarque des effets sur leur motivation : "D'habitude, c'est toujours difficile de leur proposer des activités de productions d'écrits. Là, il n'y a pas de problème. Au début, ils sont enthousiastes, ils ramènent des documents mais après, pour traiter l'information et pour écrire l'article, c'est à dire quand ils sont à nouveau confrontés au scolaire, ils sont à nouveau en difficulté."
Quelles conclusions devons-nous donc tirer de cette première année de fonctionnement avec les élèves ? Les objectifs ont-ils été atteints ?
Le premier semble l'avoir été. Les enseignants ont tous souligné la très grande motivation et la progression des enfants. Le système de relecture est essentiel. A tour de rôle auteur et "relecteur", les élèves ont été très attentifs à la qualité et à la clarté de leurs écrits. La diffusion sur le Web, pouvoir être lu "dans le monde", est très importante également. Cette perception relève pour beaucoup de l'imaginaire puisqu'il n'y a eu aucun message provenant de personne totalement extérieure au projet ou à ses acteurs. Plusieurs instituteurs ont cependant expliqué que le fait d'aller visiter des sites d'écoles en France et à l'étranger a été un moment décisif dans la compréhension et les représentations qu'avaient les enfants du projet.
Le deuxième objectif a été inégalement pris en compte dans les classes et aucune évaluation n'a été effectuée mais toutes les classes ont travaillé dans ce domaine.
Quant au dernier objectif, il est peu probable qu'il a été atteint. Pour apprendre à utiliser avec discernement les ressources offertes par les nouvelles technologies, il faut d'abord les utiliser. Le manque de matériel est un problème majeur. Finalement peu d'enfants ont navigué et sont aujourd'hui autonomes pour aller chercher de l'information. D'autre part, aucun outil d'analyse de cette information n'a été construit.
Bilan au niveau des adultes
Enthousiasme et souffrance !
"Enthousiaste ( ) je me suis rendu compte d'abord avec plaisir que je m'étais un peu décentré. Avec de la bonne volonté et un environnement favorable, n'importe qui pouvait initier des projets comme celui-ci. Internet quand je suis venu te trouver, je n'y connaissais rien. Je ne savais même pas comment fonctionnait une boite de courrier électronique, je ne l'avais jamais fait. Je savais taper sur un clavier, je faisais mes préparations sur traitement de texte et c'est tout. Finalement, ce projet est vraiment à la portée de tout le monde (Gilles).
"Au début, j'étais complètement paniquée par les problèmes techniques ( ) J'ai quand même un ordinateur chez moi et je me suis dit qu'il fallait que je m'y mette et que les gamins, on ne pouvait pas les laisser passer à cote de ça. C'était un peu l'aventure. L'aventure Internet avec nos élèves ( ) Mais je ne m'imaginais pas autant la difficulté" (Dominique).
Douze enseignants se sont engagés dans le projet et une seule institutrice s'est désistée. Un seul participant n'a pas respecté les délais d'envoi des articles pour le premier numéro.
Ce qui a motivé le plus les enseignants c'est la possibilité d'ouvrir l'école, de travailler avec d'autres collègues ou de diffuser leur travail à une plus grande échelle : "L'intérêt, c'est de pouvoir élargir les personnes avec qui tu communiques. Quand tu fais un journal et que tu écris des articles, c'est assez limité. Alors que là, tu sais qu'il y a beaucoup plus de gens qui vont le lire. Et par rapport au gros projet que j'avais (classe culturelle), c'était intéressant de partager avec plus de gens" (Nicole).
La dimension "innovation" apparaît peu dans les commentaires mais elle joue certainement un rôle important et explique en partie la motivation de plusieurs membres de l'équipe.
Les deux plus importantes difficultés rencontrées par ces enseignants, tous le soulignent, sont liées au manque de matériel et au besoin de formation. L'école Chanteraine ne fonctionne qu'avec un seul ordinateur et quatre classes participent au projet, les autres écoles disposent également d'un seul ordinateur. Le travail par petits groupes est donc indispensable, ce qui demande une très bonne organisation de la classe. Quant à la formation, aucune activité (naviguer, envoyer un message, scanner une image) n'est en soi vraiment compliquée. C'est l'addition de ces tâches et le temps important à consacrer à sa formation initiale et à l'entraînement nécessaire pour acquérir une certaine dextérité qui sont complexes à gérer: " Au départ, je pensais on va taper des les textes et puis ça ira tout seul. Mais en fait, il faut assimiler beaucoup de petites choses matérielles : scanner une image, la convertir, l'intégrer dans le texte, trouver le lien ( ) Il a fallu que je dépasse le fait d'utiliser uniquement le traitement de texte. Ca veut dire qu'il fallait que j'intègre tous les outils donc j'avais besoin pour le projet. Je n'ai intégré que cela d'ailleurs" (Dominique). "C'est simplement une question de temps, ça ne me paraît pas si compliqué que ça mais je n'ai jamais eu le temps de vraiment m'y arrêter. A chaque fois, je passais à autre chose mais. l'année prochaine, je vais plus m'investir dans le Cyber Echos. Je pense que je vais beaucoup progresser et les élèves verront la différence parce que cette année c'était un peu superficiel. Mais je suis contente d'avoir respecté mes engagements" (Nicole).
Des onze enseignants engagés dans le projet, sept sont capables de créer entièrement leur page HTML¹ en fonction du cahier des charges : insérer du texte, une image, trouver un lien sur un site web. Ils sont également capables d'envoyer leur page par courrier électronique.
¹ HTML : sigle de HyperText Markup Language. Il s'agit du code de marqueurs utilisé pour mettre en page les documents diffusés sur les serveurs Web.
Les deux instituteurs de l'école Chanteraine seraient capables, en mon absence, de continuer le projet et de réaliser le site Web. Cependant, à l'exception de ces deux instituteurs, les autres maîtres ne maîtrisent pas encore suffisamment Internet et les outils de création pour que leurs élèves en profitent pleinement. Ils en sont d'ailleurs conscients. Par contre, leur motivation ne s'est jamais démentie et tous participeront à nouveau au projet l'année prochaine. Il faut signaler que des élèves, qui ont participé au magazine cette année et qui passent dans la classe supérieure dans la même école, ont demandé à poursuivre le projet. Ainsi d'autres enseignants vont naturellement se joindre au Cyber Echos Liés.