L'école et la presse

L’école et La presse

    Travailler avec la presse
    L'éducation aux médias
    Réaliser son journal scolaire
    Historique des journaux scolaire
            Les origines
            Les pédagogues de l'éducation nouvelle
            Célestin Freinet
            De 1950 à nos jours

    L'institution et les médias
            Une lente évolution
            Un partenaire : le CLEMI


L’école et la presse

Travailler avec la presse

L'événement est-il éphémère, superficiel, alors que l'éducation s'inscrit dans la durée, dans la profondeur ? L'école est-elle un milieu clos et la presse une fenêtre sur le monde ?

La relation éducation et média a toujours été complexe. L'école, lieu des savoirs durables et essentiels refuse souvent l'actualité : nous n'éduquons pas pour vivre l'instant présent mais pour que les élèves qui nous sont confiés puissent comprendre et agir sur le monde à l'âge adulte.

Pourtant, la presse est un moyen privilégié d’appréhender le monde extérieur. C'est un moyen d’intégration et un facteur de transformations sociales. L'actualité permet de mieux comprendre un monde qui évolue rapidement et son étude prépare l’enfant à la vie professionnelle et sociale.

Une école figée dans ses structures limite le pouvoir critique et l’esprit de décision de l’individu.

Il faut apprendre à l’enfant à décrypter le message proposé (c'est un univers codé), à l'analyser et à prendre conscience de la part du sensationnel, du phénomène de mode, du coté immédiat ou anecdotique de certaines informations.

La presse ne possède pas en soi de fonction éducative. L'information est sensibilisatrice et elle obéit à des règles de construction qui dépassent ses manifestations éphémères. Dans l’instant, cette information provoque la sensibilité, l’émotion et parfois le besoin de comprendre. Si elle n’est pas savoir, elle peut être motivation au savoir.

 

bleu.gif (1048 octets) L'éducation aux médias

"Les médias se trouvent au cœur de la vie culturelle et politique du monde occidental, et c'est d'eux que nous vient pratiquement tout ce que nous savons ou pensons savoir sur ce qui dépasse notre expérience immédiate du monde.

Cela ne poserait guère de problème si les médias reflétaient la réalité. Mais nous savons aujourd'hui que chaque média codifie la réalité de façon différente, et que les messages médiatiques ne sont pas neutres, mais touchent nos valeurs et nos perceptions. En plus de nous informer sur le monde, les médias présentent des façons de le percevoir et de le comprendre". Jacques Gonnet, De l'actualité à l'école, Armand Collin, 1995

Comme le souligne Roland Barthes, "Les médias ne reflètent pas la réalité, elle la représente". Il y a donc nécessité d'étudier le contenu du message mais aussi d'analyser le média qui le diffuse. L'information présentée a fait l'objet d'un choix des journalistes. Il s'agit de comprendre comment ces choix s'opèrent. Il s'agit de réaliser quelle place occupent les médias dans la société, leur impact social, et comment ils peuvent influencer nos perceptions.

Len Masterman, en 1985, dans son livre de référence, Teaching the media, évoque sept raisons rendant nécessaire le développement de cette éducation :

L'école se doit d'éduquer aux médias, ceux-ci occupant une place croissante dans nos sociétés, afin de former des citoyens responsables, capables d'appréhender le pluralisme de la presse. Pour l'enfant, le virtuel s'amalgame souvent au réel, la relation au savoir se complexifie. Ne pouvant échapper à l'actualité, il faut donc l'aider à se façonner des repères. En montrant les mécanismes propres au fonctionnement des médias d'information, l'élève va aiguiser un esprit critique et acquérir assez de distance pour séparer l'actualité, les faits, de l'émotionnel.

Jacques Gonnet, directeur du Clemi (Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Information), distingue trois étapes dans l'éducation aux médias :

Il faut créer un espace de disponibilité : privilégier un temps pour échanger, s'interroger, partager ses émotions, ses réactions. C'est un temps indispensable à la construction de la personnalité de l'enfant et qui révèle de la participation de l'école à la démocratie.

Elle caractérise tous les projets d'éducation aux médias : comprendre, organiser et hiérarchiser l'information. L'école joue ici un rôle fondamental car elle initie aux langages de nos sociétés contemporaines. Elle amène l'élève à s'approprier de nouvelles formes d'expression.

L'éducation aux médias suppose un projet. Plus celui-ci est identifié et organisé, plus l'action sera réussie. Cette dernière dimension concerne donc les différents projets mis en place : concours de photos, exposition, rencontre, création d'un journal…

Réaliser son journal scolaire

"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être impliqué pour ses opinions et celui de chercher à recevoir et à répandre sans considération de frontières les informations et les idées par quelque moyen que ce soit "

Article 19 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (1948)

Jouir de ce droit, encourager, accroître les capacités des élèves à s'exprimer, à produire des journaux, c'est contribuer à former des citoyens libres, actifs et responsables.

Ecrire un journal, c'est un véritable projet qui donne du sens aux activités proposées à l'élève (la recherche et l'analyse d'informations ; la compréhension des médias ; l'expression de soi ; la production d'écrits : sa planification et l'écriture proprement dite).

Ce projet doit être à l'origine de la mise en place d'un véritable processus démocratique. L'enfant peut ainsi comprendre qu'on agit sur le monde par la parole, il pourra se décentrer plus facilement de ses écrits, expliquer et justifier son travail, accepter plus facilement la critique des autres, formuler des questions, des suggestions ou des commentaires.

Créer un journal est souvent une formidable source de motivation pour tous les partenaires, adultes et enfants. Une grande exigence de qualité est exigée et acceptée par tous.

Associer pleinement l'élève à l'élaboration d'un journal, c'est le mettre au centre du système d'apprentissage, c'est le rendre actif dans la construction de ses propres savoirs.

Cette conception de l'enseignement et de l'élève est le fruit d'une longue histoire, héritière de la philosophie des Lumières et des grands pédagogues.

 

Historique des journaux scolaires

Les origines

Pour comprendre l'importance et les enjeux de la production de journaux, il est utile de s'intéresser à l'origine historique du journal scolaire et à la prise en compte par l'institution scolaire de l'étude de la presse.

J. Gonnet¹ cette histoire. Il situe l'origine de l'imprimerie à l'école et du journal scolaire bien avant Célestin Freinet. Ainsi, il évoque Jacques Collombat qui fut appelé à diriger en 1718, "l'imprimerie du cabinet du Roy", ce roi était le jeune Louis XV. Il imprime des textes, des maximes et des sentences morales sur des feuilles volantes. L'une d'elle devient célèbre puisqu'elle reproduit les dernières paroles de Louis XIV à son petit-fils.

Charles Rollin, élu en 1664 recteur de l'université de Paris, puis appelé en 1699 à la cour pour l'éducation "des enfants de France", met en valeur l'imprimerie au service de l'éducation des enfants. Dans le "Traité des études ou de la manière d'enseigner et d'étudier les belles lettres", paru en 1726, il décrit le bureau typographe et ses avantages :

"…On cite un grand nombre d'enfants de trois et de quatre ans sur qui l'on a fait une heureuse épreuve de cette méthode, et j'en ai été témoin. Ce que je sais encore par moi-même, c'est qu'elle a fort réussi à l'égard d'un enfant de qualité à qui je m'intéresse, en lui ôtant un dégoût ¹ Jacques Gonnet, Journaux scolaires et lycéens, RETZ, 1988 ; De l'actualité à l'école, A. Collin 1995

horrible qu'il avait pour toute application et toute étude où il n'allait presque jamais qu'en pleurant ; au lieu que maintenant le bureau fait sa joie, et ne lui coûte des larmes que quand il s'en voit privé ! Un autre avantage qu'a cette méthode, c'est que le maître peut exercer à la fois plusieurs enfants au même bureau (ce qui peut allumer entre eux une utile émulation), et qu'un enfant peut aussi s'y exercer ou y jouer seul, sans le secours d'un maître."

L'imprimerie, à cette époque est rarement utilisée pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, c'est surtout un moyen privilégié de diffuser ses idées ou faire connaître ses problèmes particuliers, c'est ce qui intéresse très tôt les jeunes.

On trouve l'exemple de deux journaux lycéens qui se "combattent" en 1831, au Lycée Henri IV, à Paris. En 1882, les Droits de la Jeunesse, organe de la jeunesse des écoles, revendique la volonté des jeunes de participer aux grands débats :

- " Camarades,

Ce n'est pas la révolte que nous venons prêcher. Nous voulons simplement vous donner un organe. Pourquoi n'élèverez-vous pas la voix pour faire entendre vos revendications ?

Vous savez combien vous êtes exploités par les concierges ; vous savez combien, dans la plupart des lycées, la nourriture est mauvaise, vous savez quelles sont les défectuosités du matériel scolaire…

Voilà pour les petits côtés de nos réclamations. Mais il en est d'autres encore, plus importantes, dont nous avons à saisir l'opinion publique. Le gouvernement a décrété la liberté de conscience dans les lycées et collèges ; mais jusqu'à présent cette liberté est demeurée dans le domaine de la théorie."

Le congrès général des lycéens se réunit le 16 avril 1882 et une organisation nationale se met en place pour vendre Les droits de la jeunesse, où l'on trouve des rubriques humoristiques, des critiques de théâtre et concert, des analyses de règlements des lycées et surtout des revendications. En 1890, un ouvrage de Paul Bergmans recense 107 journaux dont 21 en France.

Mais à part quelques initiatives isolées de lycéens ou d'étudiants, ce sont surtout les pédagogues de l'Education Nouvelle qui vont promouvoir l'expression des jeunes par le journal scolaire, et en particulier des plus jeunes. Avec Paul Robin, John Dewey, Janus Korczack, Ovide Decroly, Célestin Freinet et quelques autres pédagogues moins connus, les enfants deviennent producteurs de journaux.

 

Les pédagogues de l'Education Nouvelle

Pour comprendre son œuvre, mesurer son projet et son mérite, il est nécessaire de rappeler les réalités éducatives de la fin du siècle dernier et les séparations sur lesquelles elles s'étaient édifiées : séparation des filles et des garçons, séparation de l'enseignement général et professionnel, séparation des secteurs laïques et libres. Robin prônait la coéducation, l'éducation intégrale et l'attitude antireligieuse. C'est à Cempuis qu'il met en œuvre ses principes d'éducation :

- les relations sociales entre les pairs et avec les aînés sont prioritaires ;
- les élèves fixeront en assemblée les lois de leur organisation ;
- les jeunes serviront d'aides aux aînés, les aînés de guides aux jeunes.

Paul Robin développe les randonnées, les excursions, les exercices physiques, la pratique des arts, les sciences, l'utilisation des technologies éducatives et particulièrement celle de l'imprimerie avec la publication du Bulletin, journal de l'institution.

 

Les premiers journaux scolaires produits par des enfants avec l'aide d'enseignants sont sans doute nés aux Etats-Unis, dans les "écoles nouvelles". John Dewey, professeur de philosophie à l'Université de Columbia fait référence à des pratiques qui de situent vers 1910 - 1915 et il en souligne les grands avantages "Outre l'intérêt que les élèves ont trouvé dans la composition au composteur, la manœuvre de la presse et le tirage des imprimés, l'enseignement de la langue a tiré un grand profit de cette innovation"¹. Mais pour Dewey, l'imprimerie n'est pas centrale dans son projet pédagogique. Elle permet l'attitude active de l'enfant et fait partie du travail manuel, important à ses yeux. Il définit ainsi sa philosophie :

"L'éducation traditionnelle, parce qu'elle habitue l'enfant à la docilité et à l'obéissance, convient à un état autocratique… Dans une démocratie, ce sont là autant d'obstacles à la prospérité de la société et du gouvernement… Les enfants des écoles doivent jouir de la liberté, afin que le jour où ils contrôleront le pays, ils sachent faire usage de cette liberté ; il faut développer en eux des qualités actives d'initiative, d'indépendance, d'ingéniosité si nous voulons voir disparaître les abus et les erreurs de la démocratie." Sous la direction de Jean Houssaye, Quinze pédagogues, A. Collin, 1997 ;

 

La "gazette scolaire" et l'actualité sont au centre du projet "démocratique" de Korczak, responsable de l'orphelinat de Varsovie. Ce médecin accompagnera "ses" enfants jusqu'au camp de la mort de Treblinka. En 1921, il décrit les pratiques de pédagogie nouvelle en Pologne dans "De la gazette scolaire". Il insiste sur l'intérêt d'entreprendre la rédaction d'un journal scolaire :

" Les avantages de la Gazette ?

Enormes ! Elle apprend à accomplir avec conscience un devoir non imposé mais librement choisi ; à planifier un travail appelé à s'appuyer sur un effort fourni en commun par tout un groupe de gens différents ; à défendre ses convictions en public ; à mener un débat avec des arguments à l'appui au lieu de le transformer en dispute ; à rendre publique toute chose qui tournerait autrement au potin ou à la médisance ; à enhardir les timides, à rabattre leur caquet à des trop prétentieux. En un mot, la gazette règle et dirige l'opinion, elle est la conscience du groupe."¹

Korcsak s'intéresse plus à l'information qu'à "l'expression libre" de l'enfant. Un seul exemplaire est imprimé car pour lui, la calligraphie est un art qui magnifie la pensée alors que pour Freinet, c'est l'imprimé qui lui donnait l'immortalité :

"La relation entre un texte écrit à la main et un texte imprimé est la même qu'entre un portrait peint et la photographie, qu'entre une broderie manuelle et mécanique, qu'entre une partition chantée en directe ou enregistrée. Une belle écriture c'est un don…"¹

Quelle place l'adulte doit-il occuper dans un tel projet ?

"Cette aide peut être utile sans être indispensable. Le plus simple serait de demander à un professeur de bien vouloir relire un numéro déjà copié et de faire porter à la fin, sous le titre : Errata, toutes les fautes de grammaire et de style. La gazette conserverait ainsi la fraîcheur et l'originalité de style propre aux jeunes d'âge scolaire. Il n'est pas exclu d'ailleurs qu'à l'instar du peuple du monde de la science ou de l'art, les jeunes arrivent demain à se forger une langue à part, plus colorée, plus fraîche, plus attrayante que le jargon journalistique des adultes."¹

¹ Korczak (J.), La gazette scolaire, CLEMI, 1988

 

"C'est vers l'enfant que tout se dirige, c'est vers l'enfant que tout rayonne." Decroly conçoit l'école de la vie par la vie. Il axe donc largement sa pédagogie sur les intérêts de l'enfant, il faut s'adresser à son affectivité et exciter sa curiosité.

Son influence est très importante, notamment sur Freinet, mais comme pour Dewey, le journal scolaire et l'imprimerie ne sont pas au centre de son projet pédagogique. Ils sont intégrés aux autres activités collectives : comités d'enfants, sports, jeux et concours, le théâtre et l'orchestre. L'école de l'Ermitage publie six fois par an, une revue, Le courrier de l'école.

"L'imprimerie joue un rôle essentiel dans la vie de l'école, fait appel à la collaboration de tous, est liée à un grand nombre d'activités (publication d'un périodique, d'œuvres d'enfants…). Etroitement associée à l'expression abstraite, elle demande aussi de l'habileté manuelle et des qualités d'organisation."

Ces exemples montrent à quel point, à la fin du XIX siècle, le journal est associé à la pédagogie active et à une nouvelle approche de l'enfant. D'autres pédagogues pourraient être cités et associés à la naissance de l'imprimerie à l'école mais c'est à Célestin Freinet que l'on doit son développement à grande échelle. Son apport sera à la fois de placer l'imprimerie au centre des activités de la classe et d'entraîner des milliers d'instituteurs dans un même mouvement.

 

Célestin Freinet (1896 - 1966)

Instituteur, Célestin Freinet, milite activement pour la "naissance d'une pédagogie populaire". Le refus de la monstrueuse et dégoûtante horreur de la guerre et une dénonciation de l'ordre social qui a engendré cette guerre sont ses principales motivations. Il essaye de créer une école pour les enfants du peuple, prolongement naturel des activités proches de la vie des élèves. L'idée fondatrice est celle de l'imprimerie dans la classe. Elle permet le travail de lecture sur des textes, semblables à ceux des livres mais plus proches de l'intérêt des enfants, l'échange avec une autre classe (ce sera la correspondance scolaire) et la production d'un écrit social, finalisé : le journal scolaire. A la fin des années vingt, le bulletin "L'imprimerie à l'école" regroupe les partisans de cette pédagogie. En 1927, le "Mouvement des imprimeurs" se rencontre au Congrès Syndical de la Fédération de l'Enseignement. En 1932, paraît le premier numéro de la Bibliothèque de travail. Freinet est ensuite victime de pressions et doit créer une école privée et laïque, pour poursuivre son projet : l'école de Vence.

Pendant la seconde guerre mondiale, Célestin Freinet est d'abord interné puis placé en résidence surveillée ; il s'implique ensuite activement dans la résistance en 1944. A la libération, il n'est pas associé à la reconstruction du système éducatif mais ses idées cependant influencent de nombreux enseignants. Ainsi, des militants créent, en 1947, l'ICEM (Institut de l'Ecole Moderne Française).

Freinet établit sa méthode pédagogique sur trois grands principes :

- Le matérialisme pédagogique

Les outils et les techniques transforment le climat de la classe : l'imprimerie, la bibliothèque de lecture et de documentation, les "Bibliothèques de Travail" (BT), les fichiers de travail individuel autocorrectifs, la caisse à outils, l'appareil photographique, le magnétophone…

- La vie coopérative

Le conseil de coopérative détermine l'organisation du travail, le suivi et la vérification de son achèvement, la régulation de la vie de groupe dans la classe et dans l'école.

- La personnalisation des apprentissages

Pour Freinet, l'école doit être centrée sur l'enfant, membre de la communauté et sujet social. Il met en place la technique du plan de travail individuel, les outils personnalisés comme les fichiers autocorrectifs, les bandes d'autoenseignement. L'individualisation s'accompagne d'une communication et d'un échange avec le groupe.

Aujourd'hui, si certains concepts semblent dépassés (le texte libre, l'école du peuple), d'autres sont toujours d'actualité. La démocratisation d'accès à l'enseignement secondaire et supérieur, et surtout celle de la réussite scolaire restent des problèmes majeurs.

La plupart des journaux scolaires sont, encore aujourd'hui, réalisés dans les écoles qui se réclament plus ou moins directement de cette pédagogie (ce qui est le cas de l'école Chanteraine, comité de rédaction du magazine Cyber Echos Liés).

La pédagogie Freinet est présente sur Internet, ainsi L'ICEM a un site Web et des listes de discussions ont été créées.

 

De 1950 à nos jours

L'imprimerie à l'école se développe ensuite rapidement et les journaux scolaires se multiplient. De nombreux enseignants considèrent, dans les années 30, que l'imprimerie est "l'unique technique révolutionnaire". En 1951, la question du statut des journaux et des jeunes journalistes est posée par le mouvement Freinet. Mais de plus en plus de projets se développent hors de l'Institut, de nombreux enseignants produisent des journaux pour motiver la production d'écrits de leurs élèves et pour favoriser la communication entre l'école et son environnement.

Dans "L'imprimerie à l'école, cinquante ans après Bar-sur-Loup", F. Déleam montre que le journal scolaire conserve toute sa valeur malgré l'apparition de nouveaux moyens de communication :

"Plus que simple motivation, le journal scolaire est devenu un outil d'information, support de création, véhicule de pensée, initiation à l'opinion… c'est à dire un véritable auxiliaire de l'ouverture de l'école sur le monde moderne".

En 1989, les jeunes, lors d'un festival sur la presse jeunesse, souhaitent qu'il n'y ait plus de différences entre les journaux lycéens et "adultes", revendiquant les mêmes droits et devoirs.

Aujourd'hui, la mutation technologique fait évoluer les pratiques. On recense plusieurs milliers de journaux scolaires : du projet le plus ambitieux (réalisation d'un vrai magazine avec un comité de rédaction et impliquant de nombreux partenaires, à la simple feuille d'actualité centrée sur la vie de la classe). De nouveaux supports sont également apparus : émissions radio, programmes télévisés ou diffusion en ligne et l'écran informatique remplace de plus en plus le typographe.

 

L'institution et les médias

Une lente évolution

Pour mesurer les enjeux, les rapports de force ou simplement les phénomènes de mode, il est utile d'analyser comment l'Education Nationale accepte ou refuse ces pratiques, accompagne ou encourage les initiatives et la réflexion.

Paul Robin, Inspecteur de l'Education Nationale, est révoqué. Célestin Freinet est déplacé d'office. Ces pédagogues, par leurs pratiques et leur volonté de changement, dérangent fortement les notables locaux ainsi que leurs supérieurs hiérarchiques. Aujourd'hui, l'institution n'est pas forcément beaucoup plus tolérante face à l'innovation pédagogique mais elle accepte et favorise parfois le travail sur la presse et la création de journaux scolaires.

L'attitude de l'Education Nationale, les textes, les orientations et les organismes qu'elle met en place reflètent les enjeux idéologiques sur la place et le rôle que doit tenir l'école et les enseignants. Ce rôle est-il "d'apprendre à lire et à compter", comme le souhaite Jean Pierre Chevènement, ou "de construire d'abord les apprentissages mais aussi d'éduquer, d'éveiller l'intérêt de l'enfant au monde qui l'entoure et de développer son esprit critique" comme le demande Lionel Jospin en 1992 (Le projet d'école. CNDP).

En 1965, une association de journalistes, d'enseignants et d'animateurs sociaux se donne pour objectif de se rapprocher et de répondre à la question : comment aborder le monde contemporain ? Des organisations patronales prennent ensuite le relais dans ce dialogue avec le Ministère de l'Education Nationale. Ce long travail de persuasion donne ses premiers fruits en 1976. René Haby, alors Ministre de l'Education Nationale, adresse une circulaire qui propose une multiplicité d'approches de la presse en insistant sur sa valeur pédagogique, en rappelant les règles nécessaires du pluralisme, du respect de toutes les familles d'esprit.

A partir des années 60, différentes initiatives permettent de développer l'éducation aux médias:

 

Un partenaire institutionnel : le CLEMI

Un pas décisif est franchi en 1983, avec la création du Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Information (CLEMI). L'arrêté ministériel du 26 avril 1983, confirmé en 1993, décrète que la mission du CLEMI est de promouvoir notamment par des actions de formation, l'utilisation pluraliste des moyens d'information dans l'enseignement afin de favoriser une meilleure compréhension par les élèves du monde qui les entoure tout en développant leur sens critique.

Ce centre bénéficie d'une autonomie au sein du Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP). Il dispose d'un budget de deux millions et demi de francs alloué par le Ministère de l'Education Nationale, d'une équipe nationale de vingt cinq personnes environ et d'équipes régionales.

Ses activités sont de trois ordres :

- des stages de sensibilisation aux médias pour enseignants, personnels d'inspection, d'administration, d'orientation ;
- des stages thématiques ;
- des stages de formation aux techniques de communication ;

Deux projets d'ampleur sont impulsés par le CLEMI :

Elle est créée en 1990. Plus de trois millions de jeunes et dix mille établissements scolaires y participent en 1994. Son objectif est de "sensibiliser les élèves à l'importance de la Presse dans les apprentissages fondamentaux, dans la formation d'un esprit curieux des hommes et des choses, et enfin dans la constitution d'une identité de citoyen". L'organisation de cette semaine repose sur trois principes :

- le partenariat : système éducatif, médias d'information, messageries et dépositaires de presse ;
- le volontariat : chacun est libre de son implication ;
- le bénévolat : les journaux sont envoyés gratuitement, les journalistes et les enseignants ne perçoivent pas de rémunération particulière.

Cette animation est lancée le 3 novembre 1989. Trente équipes de lycéens de douze pays européens lancent le premier journal junior européen télécopié. Les journalistes juniors de chaque équipe réalisent une page complète, en deux langues, sur le thème proposé et ils la transmettent par fax au siège de la rédaction (différent à chaque numéro), au jour J. Chaque équipe organisatrice choisit son thème, sa formule, ses correspondants. L'équipe, aidée par la communauté éducative, organise son projet depuis le choix du thème jusqu'à la diffusion du journal. Une fois réalisé, le journal sera diffusé par portage ou voie postale après une impression professionnelle.¹ Plus de quatre cents équipes et cinq cents jeunes dans quarante pays participent, en 1992, à la réalisation de trente numéros de la série.

Ces deux projets sont présentés sur le site Web du CLEMI. En effet, les enseignants comme les professionnels de la presse s'intéressent de plus en plus à Internet.

¹ Jean Agnès, le Programme fax, éditions du Conseil de l'Europe, 1994

Internet et la presse en ligne